DE QUOI LA CRISE AVIAIRE EST-ELLE LE NOM ?

L’étendue de la contamination des palmipèdes par le virus H5N8 a abouti à leur abattage massif dans les Landes.

H5N8, comme tous les virus recombinés à ARN, est très pathogène pour les canards et co-évolue avec le système immunitaire des oiseaux.

On ne peut que s’étonner de la propagation aussi rapide de cet influenza aviaire, alors qu’il semblait s’arrêter en Décembre dernier.

Les soupçons convergent vers le transport, sur de grandes distances, d’animaux malades sans précautions suffisantes. Les virus ne peuvent rester vivants qu’inclus dans des cellules. Les vecteurs de H5N8 sont les cellules qui se trouvent principalement dans les fientes d’oiseaux porteurs, donc tous contacts prolongés dans des espaces réduits favorisent la contamination.

Comment lutter contre la propagation de cette épizootie ?

Selon l’ANSES, il n’y a pas de vaccin valable pour les canards. En effet, ce virus est en évolution constante et rapide par une succession de mutations, ce qui rend aléatoire l’élaboration de vaccins spécifiques .

Pour limiter les transports et les contaminations, le regroupement dans une zone restreinte des différents segments de la filière, ainsi que le regroupement de plusieurs segments dans une même ferme, nous paraissent indispensables, de même que la diminution de la concentration de volailles au m2 et par élevage.

Pour nous, la promotion de races rustiques, diversifiées, est primordiale. En effet, on observe une grande diminution de la diversité génétique des animaux d’élevage en général, y compris les palmipèdes, et l’homogénéisation génétique favorise les épizooties.

Les souches de repeuplement sont sélectionnées pour les besoins de l’industrie agroalimentaire avicole et non pour leur capacité à résister aux virus et bactéries. La diversité génétique conduit à l’augmentation du nombre de variants adaptés et immuno-résistants.

Nous craignons que certaines dispositions de lutte contre cette épizootie , préconisées actuellement, conduisent à l’industrialisation des élevages, ce qui serait contre-productif.

Au contraire, nous pensons qu’il faut mettre un terme à des conditions d’élevage qui ne respectent pas l’animal et à des pratiques culturales qui ne respectent pas les sols.

Comment, dans le contexte actuel, aider la filière aviaire ?

Nous préconisons que, dans la répartition des millions d’€ d’aides, l’équité prévale sur l’égalité ( = un % uniforme) afin de favoriser les petits producteurs. Ce sont eux qui auront le plus de mal à se remettre de cette 2° épizootie.

D’autre part, si les analyses sont négatives, quel intérêt d’abattre les élevages autarciques ?

Nous pensons que les producteurs, ainsi que les autres acteurs des segments de la filière aviaire, devraient – s’ils le souhaitent – bénéficier d’un soutien psychologique, car c’est une situation de catastrophe. Les aides pécuniaires, indispensables, ne peuvent seules venir à bout des frustrations et des sentiments d’injustice, et donner le courage de recommencer.

Il est indispensable aussi que les consommateurs s’engagent à soutenir les élevages fermiers locaux.

Cette crise aviaire ne concerne pas que les Landes, ni même que le Sud Ouest, elle est le symptôme d’une crise générale.

La rapidité du réchauffement climatique, des modifications de l’environnement, de la perte de biodiversité, déloge les virus de leur zone d’origine, où ils étaient confinés, ce qui conduit à des pandémies.

EELV 40 – Février 2017

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